Le Cimi publie son rapport « Violence contre les peuples indigènes 2008 »

Le 6 mai dernier, à 20h, le Conseil Indigéniste Missionnaire (Conselho Indigenista Missionário - Cimi) a rendu public le rapport Violence contre les peuples indigènes au Brésil – 2008, qui comporte les chiffres des violences pratiquées contre les populations indigènes et des violations des droits indigènes. La publication de ce rapport a eu lieu lors du 6e campement « Terra Livre » sur l’Esplanade des Ministères, à Brasilia.


La publication aborde la question de la violence pratiquée contre la patrimoine indigène comme les conflits territoriaux et les dommages environnementaux , ainsi que la violence à l’encontre des individus comme les assassinats, les menaces et les actes de racisme. Un autre thème de ce rapport aborde les violences provoquées par l’omission des pouvoirs publics, dans le cas de suicides et du manque d’assistance dans le domaine de la santé. Le chapitre final du rapport présente des données sur les menaces qui pèsent sur les peuples indigènes isolés et presque sans contact qui vivent en Amazonie. 

100% des suicides et 70% des assassinats d’indigènes enregistrés en 2008 ont lieu dans l’Etat du Mato Grosso do Sul.

En 2008, le CIMI a enregistré 60 assassinats d’indigènes dans l’ensemble du Brésil. En comparaison avec 2007, cela constitue 32 assassinats de moins.
Comme lors des années précédentes, le plus important foyer de violence à l’encontre des peuples indigènes se trouve parmi les Guarani Kaiowá, dans l’Etat du Mato Grosso do Sul. En 2008, 42 assassinats de membres de ce peuple ont été enregistrés, soit 11 de moins qu’en 2007. Par ailleurs, 34 suicides ont été comptabilisés, soit 6 de plus par rapport à l’année précédente. Au final, la somme des morts violentes (76) demeure élevée.

Une grande partie de ces assassinats ont été commis par les Guarani Kaiowá eux-mêmes, dans des situations de conflits, dont une majorité d’origine familiale. Si l’on ajoute l’augmentation du nombre de suicides, on perçoit un contexte d’autodestruction chez ce peuple, provoqué par la réalité violente et précaire à laquelle il est confronté. 

Les Guarani Kaiowá sont victimes du racisme, de la malnutrition, du manque de soins de santé et du travail esclave, entre autres violences. Ils sont parfois renversés, voire écrasés sur les routes. Cette situation résulte d’omissions de l’Etat et des actions gouvernementales et de personnes privées, dans un contexte d’aggravation de la lutte pour la terre au Mato Grosso do Sul.

Selon l’analyse de l’anthropologue Lúcia Rangel, coordinatrice du rapport, le contexte qui provoque la violence à l’encontre des Guarani Kaiowá demeure inchangé : “Au cours des dernières années, le confinement (des indigènes sur des parcelles de terre exiguës) s’est intensifié du fait de l’avancée des latifundios (grandes propriétés) agricoles, particulièrement les plantations de soja et de canne à sucre (...) Il existe une résistance très forte, dans toutes les couches de la société non indigène, contre toute forme de régularisation des terres Guarani Kaiowá. Cette résistance a tendance à augmenter et vient s’ajouter à de forts préjugés et au racisme envers les peuples indigènes.”

En 2008, la Fondation Nationale de l’Indien (Fundação Nacional do Índio - Funai) a mis en place des Groupes Techniques (GT) afin de réaliser des études pour l’identification des terres du peuple Guarani Kaiowá. Cependant, le secteur agricole et les hommes politiques du Mato Grosso do Sul, notamment le gouverneur de l’Etat, font pression sur le gouvernement fédéral pour que ces études n’aient pas lieu, retardant ainsi la procédure de démarcation des terres.